L'écoféminisme ou l'émancipation par la réappropriation
Damien Tissot  1, 2@  
1 : Cornell University
2 : Laboratoire dÉtudes de Genre et de Sexualité
Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

L'écoféminisme postule que l'émancipation des femmes passe par la création de nouveaux rapports à l'égard de la nature. En « prendre soin » [to care] constitue l'un d'entre eux. J'examine ici la manière dont l'usage écoféministe de la notion de care est indissociable de celle de ré-appropriation. Que ce soit en réponse à la déforestation, à la dépossession de terres, ou à la pollution industrielle, la mobilisation d'une rhétorique du care permet aux écoféministes de repenser l'émancipation des femmes en l'articulant à la réappropriation de soi et du monde qui nous entoure. Cette émancipation s'exprime dans la recherche problématique d'un retour à quelque chose de perdu – une terre, une identité, la paix. Cette réappropriation se distingue de la logique appropriative et prédatrice du système capitaliste et technocratique que les écoféministes prétendent récuser. Elle se décline sur les plans éthique, politique ou mystique, et se fonde non pas sur la notion de propriété mais sur celle de « propre ». Pour les écoféministes, prendre soin de la nature devient un moyen de prendre soin des autres et de soi, de s'émanciper en cherchant fondamentalement à « être à soi ».


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